Le 31 janvier, au Grand Séminaire de Montréal, j’ai eu l’honneur d’inaugurer une nouvelle série de conférences organisée par la Fondation du Grand Séminaire, intitulée Dialogues et espérance. La conférence inaugurale, Dialogue œcuménique au XXIᵉ siècle : défis, blessures et espérance, a réuni des participants en présentiel et en ligne pour un temps de réflexion sur l’unité des chrétiens dans notre monde complexe et fragile.
Cette initiative revêt une importance particulière, car elle ouvre les portes de la réflexion théologique à un public plus large, invitant au dialogue non seulement les universitaires et les membres du clergé, mais aussi toutes les personnes préoccupées par l’avenir du christianisme et par son témoignage dans le monde d’aujourd’hui.
L’œcuménisme : un long chemin sinueux
Le terme œcuménisme provient du grec oikouménè, qui signifie « le monde habité tout entier ». Dans la tradition chrétienne, il désigne l’effort en vue de l’unité entre les Églises divisées. Ce chemin n’a jamais été simple.
Les Églises protestantes ont été les premières à s’engager dans l’œcuménisme moderne lors de la Conférence missionnaire d’Édimbourg en 1910, cherchant la coopération et un témoignage chrétien commun.
Les Églises orthodoxes sont entrées dans le dialogue œcuménique au début du XXᵉ siècle, en mettant l’accent sur la fidélité à la tradition apostolique.
L’Église catholique, quant à elle, ne s’est engagée officiellement dans l’œcuménisme qu’avec le Concile Vatican II, en particulier à travers le décret Unitatis Redintegratio (1964), qui a marqué un tournant profond vers le dialogue, la reconnaissance mutuelle et la coopération.
Tout au long du XXᵉ siècle, l’œcuménisme a transformé la théologie et la pratique chrétiennes. L’unité a commencé à être comprise non comme une uniformité, mais comme une communion dans la diversité — une unité enracinée dans le Christ, nourrie par l’amour et exprimée à travers la prière commune, le service et la mission.
Défis contemporains : l’exemple de l’Ukraine
Le XXIᵉ siècle confronte cependant l’œcuménisme à des défis nouveaux et douloureux. L’Ukraine en offre un exemple frappant, où les divisions ecclésiales se croisent avec les conflits géopolitiques. Les Églises orthodoxes, catholiques et gréco-catholiques y coexistent dans un contexte marqué par la guerre, les déplacements de population et la souffrance.
Malgré les tensions historiques et les fractures récentes au sein de l’orthodoxie, les Églises en Ukraine ont donné un témoignage profondément évangélique : celui de la solidarité. Depuis l’invasion russe de 2022, les communautés catholiques, gréco-catholiques, orthodoxes et protestantes travaillent ensemble pour soutenir les familles déplacées, accueillir les personnes sans abri et fournir une aide humanitaire. Monastères, paroisses, écoles et universités ont ouvert leurs portes sans se soucier de l’appartenance confessionnelle.
Cette collaboration vécue peut être qualifiée d’œcuménisme de la souffrance — un œcuménisme enraciné non seulement dans des documents théologiques, mais dans la compassion, la prière et l’amour concret. À travers mes visites en Ukraine avec les partenaires de la CNEWA, j’ai pu constater que l’unité chrétienne devient souvent la plus visible dans les temps d’épreuve.
Un œcuménisme au-delà de la diplomatie
Les rencontres de haut niveau entre responsables d’Églises demeurent importantes, mais elles révèlent également la fragilité de l’unité chrétienne. Les tensions récentes au sein du monde orthodoxe ont limité la participation commune à d’importantes commémorations œcuméniques, nous rappelant que l’unité ne peut être atteinte par la diplomatie seule.
Le pape Leo XIV a souligné que l’unité des chrétiens n’est pas un idéal secondaire, mais un mandat divin au cœur même de l’identité chrétienne. L’Église catholique s’efforce d’incarner cette conviction par des gestes concrets, tels que la reconnaissance de saints vénérés dans d’autres traditions et le soutien matériel et moral offert aux Églises orientales en temps de crise. Ces gestes, notamment le soutien constant à l’Église apostolique arménienne, témoignent d’un œcuménisme d’amitié et de solidarité plutôt que d’un intérêt institutionnel.
Une voie d’avenir : l’œcuménisme spirituel
En conclusion de la conférence, j’ai proposé une vision renouvelée de l’œcuménisme au XXIᵉ siècle : celle de l’œcuménisme spirituel. L’unité véritable est, en définitive, un don de l’Esprit Saint. Elle grandit à travers l’humilité, la prière, le jeûne et la conversion du cœur — et non par la compétition ou les prétentions à la supériorité.
Les saints nous montrent ce chemin. Leur vie dépasse les frontières confessionnelles et révèle ce que signifie réellement l’unité en Christ. Comme le disait saint Jean-Paul II : « L’Église d’aujourd’hui a besoin de saints, non de réformateurs. » Dans un monde fracturé, l’unité chrétienne authentique naîtra non seulement autour des tables de dialogue, mais surtout de cœurs transformés.
La conférence s’est conclue par un échange dynamique de questions et de réflexions, confirmant que l’œcuménisme demeure non seulement une préoccupation théologique, mais une espérance vivante — capable de continuer à inspirer la prière, l’action et l’engagement à travers les Églises et les continents.

