CNEWA Canada

La situation en Palestine : en Cisjordanie et dans la bande de Gaza

La semaine dernière, j’ai passé une nuit à Bethléem et, tôt le matin, j’ai repris la route pour retourner à notre bureau à Jérusalem.

J’avais appris grâce aux médias sociaux que toutes les routes intérieures menant de Beit Sahour au point de contrôle de Mazmouriyah, ainsi que celles menant au point de contrôle du tunnel, étaient bloquées car l’armée israélienne avait décidé de restreindre les déplacements dans cette zone, et cela sans préavis.

La fermeture sporadique des points de contrôle et des routes en Cisjordanie, de même que l’installation de clôtures métalliques et de monticules de terre sur les routes, a eu pour effet de restreindre les déplacements de milliers de Palestiniens en Cisjordanie depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas. Au niveau des postes militairesles routes sont fermées chaque nuit à compter de 20 heures jusqu’à 8 heures le lendemain matin, heure à laquelle des centaines de voitures, de camions et de motos doivent converger de trois ou quatre voies en une seule. J’avais l’impression que nous étions comme des moutons qu’on laissait sortir de leurs enclos pour aller au pâturage.

Voilà un aperçu de ce que les Palestiniens de Cisjordanie doivent vivre quotidiennement depuis le 7 octobre.

À Gaza, même moutons, autre bergerie. Ici, les ‘moutons’ ne sont autorisés à aller nulle part ; ils n’ont pas le temps de paître ou de profiter d’un peu de liberté en dehors du confinement de leur bergerie. Ils doivent se déplacer et vivre leur vie sous l’emprise de la force plutôt que vivre selon leur propre volonté.

Depuis le 7 octobre, plus de 10 000 Palestiniens ont été tués dans la bande de Gaza, dont 4 237 enfants. Plus de 25 900 personnes ont été blessées. Les destructions ont porté le nombre de personnes déplacées à 1,4 million, et 629 000 personnes ont trouvé refuge dans 150 camps d’accueil établis par l’ONU.

On n’a jamais connu de destructions d’une telle ampleur.  Parmi les zones les plus durement touchées : Beit Hanoun, Beit Lahiya, Shijaia, les quartiers autour du camp de réfugiés d’Al Shati, ainsi que la zone allant d’Abasan Al Kabira à Khan Younis. Des quartiers entiers situés dans le nord de Gaza ont été entièrement anéantis. Les établissements médicaux et les hôpitaux, les lieux de culte, les boulangeries, les stations-service, les marchés, les écoles, ainsi que les maisons d’enseignement et les centres de services sociaux ont connu divers degrés de destruction, tandis que d’autres bâtiments ont été complètement détruits.

Des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes restent toujours dans la partie nord de la bande de Gaza. Ces personnes craignent qu’il soit beaucoup trop dangereux de se mettre en marche vers le sud. Depuis le lundi 6 novembre, l’armée israélienne a complètement encerclé la ville de Gaza.

La communauté chrétienne de Gaza continue de se rassembler autour des paroisses latines et orthodoxes malgré les difficultés, le confinement et la presque impossibilité de se déplacer. La communauté locale et les personnes qui ont choisi de partir ont rationné nourriture et eau alors que les stocks dans les marchés s’amenuisaient dangereusement. Plusieurs maisons ont été endommagées ou rendues inhabitables et plusieurs personnes ne peuvent pas rentrer chez eux en raison de l’encerclement militaire d’Israël autour de la ville de Gaza.

Cinq chrétiens qui ont été blessés alors qu’ils avaient trouvé refuge dans l’enceinte de l’église orthodoxe grecque Saint-Porphyrios, continuent de recevoir des soins à l’hôpital arabe Al Ahli. Nous avons également appris qu’une des boursières de CNEWA-PM et sa famille ont trouvé la mort lors de cette même frappe aérienne. Le campus Al Mughraqa de l’Université Al Azhar où étudiaient nombre de nos boursiers a été bombardé il y a deux jours. Il s’agit de la onzième université à être bombardée à Gaza depuis le début de la guerre.

Voici ce que nous avons appris sur le sort de certains de nos partenaires à Gaza :

●L’hôpital arabe Al Ahli est toujours opérationnel malgré les bombardements de la mi-octobre. Cet hôpital accueille toujours des patients, du personnel médical et des personnes déplacées. Cet établissement a encore des fournitures médicales, des médicaments, de l’eau et du carburant, mais tout cela en quantités très limitées.

● Le centre de l’Association AISHA pour la protection des femmes et des enfants, où nous avions monté un programme psychosocial de 3 ans pour les écoliers et les mères, a été bombardé. Deux employés sont morts dans les frappes aériennes et d’autres ont décidé de fuir vers le sud.

● Le Centre culturel arabe orthodoxe (A.O.C.C.) où CNEWA-PM offrait des programmes psychosociaux et de préparation à l’emploi, a été détruit à la mi-octobre et tous les employés ont fui vers le sud.

• La clinique mère-enfant du Conseil des Églises du Proche-Orient (N.E.C.C.), où nous offrions des programmes psychosociaux et un programme de lutte contre la malnutrition des enfants, a été gravement endommagée, y compris ses installations pour le stockage de médicaments et ses salles de classe. De nombreuses maisons du personnel de N.E.C.C. ont également été détruites.

• La cour de l’école des Rosary Sisters ainsi que des structures environnantes ont subi des dommages modérés mais les fondations de l’école ont été gravement endommagées et un petit bâtiment s’est effondré. La directrice de l’école, Sr Nabila, a été déplacée vers l’église de la Sainte Famille à Gaza.  

● Le YMCA-Gaza a ouvert ses portes aux réfugiés il y a une semaine. L’état actuel de ses installations et de ses employés est inconnu. Il en est de même pour le parc de la Fraternité dans le camp de réfugiés d’Al Shati, qui est situé au centre des opérations militaires actuelles d’Israël ; l’état actuel du parc et de ses installations nous est inconnu.

Je ne peux m’imaginer à quoi ressemblera Gaza lorsque tout cela prendra fin. Dans quel état retrouverons-nous nos institutions partenaires ? Combien de maisons, d’appartements seront encore debout ? Combien de membres de notre communauté chrétienne continueront de faire de Gaza leur       « chez-soi » ? Ce sont des questions pour plus tard. Aujourd’hui, nous continuons de prier et d’espérer que la guerre prenne fin au plus tôt, avant que d’autres personnes innocentes ne perdent leur vie.

À propos de l’auteur: Joseph Hazboun

Joseph Hazboun est le directeur régional de CNEWA à Jérusalem.

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