À l’occasion de la Journée mondiale de la lutte contre la traite des êtres humains, le 30 juillet, la CNEWA a l’honneur de partager un témoignage poignant de ses partenaires au Liban ; ces derniers sont témoins des réalités dévastatrices de la traite des êtres humains et soutiennent les survivants avec compassion, espoir et dignité.
Grâce à mon travail avec Talitha kum, j’ai vite compris que la traite des personnes ne se retrouve pas seulement dans les films ou dans les pays lointains. Elle sévit aujourd’hui au Liban, souvent dans l’indifférence, touchant des personnes en quête de sécurité, d’un emploi ou d’un avenir meilleur. C’est l’un des crimes qui connaît la croissance la plus rapide au monde et l’une des atteintes les plus graves à la dignité humaine.
Des années d’effondrement économique, de conflit et de déplacements forcés ont fait en sorte que de nombreuses familles libanaises ont beaucoup de difficulté à survivre, offrant ainsi aux trafiquants des occasions favorables à l’exploitation des personnes désespérées en quête de travail, d’un toit ou tout simplement d’espoir. L’exploitation se fait dans le silence. Toutefois, en sachant en repérer les signes avant-coureurs, en combattant les idées reçues et en soutenant les survivants, nous pouvons faire toute une différence.
La traite des êtres humains est l’une des violations des droits humains les plus occultées au Liban. Elle va bien au-delà des enlèvements ou de la criminalité transfrontalière pour englober le travail forcé, la servitude domestique, l’exploitation sexuelle, la mendicité forcée et d’autres formes de maltraitance. Les trafiquants ont recours à la tromperie, aux menaces, à l’endettement et à la vulnérabilité des personnes pour maintenir leur emprise.
Les personnes les plus à risque sont: les réfugiés, les travailleurs migrants, les femmes, les enfants ainsi que les personnes vivant dans la pauvreté ou dépourvues de protection juridique. Les fausses promesses d’emploi, de logement ou de sécurité financière se transforment souvent en pièges dont il est difficile d’échapper.
Une idée très répandue veut que les victimes soient systématiquement retenues de force ou emmenées à l’étranger. En réalité, la traite des êtres humains se produit souvent au sein même des communautés locales. Les victimes sont maintenues sous contrôle par la peur, la dépendance financière, les menaces ou la confiscation de leurs papiers d’identité, ce qui rend toute tentative de fuite extrêmement difficile.
L’un des témoignages recueillis par des membres de CNEWA nous raconte l’histoire d’une jeune femme qui, ayant fui la violence, a trouvé un emploi comme femme de ménage. Elle s’est vu confisquer son passeport et a été maintenue dans l’isolement, sous-payée et menacée d’expulsion hors du pays. Après des mois d’exploitation, cette femme a finalement trouvé de l’aide grâce à un réseau de soutien local. La traite des personnes est rarement visible ; elle se dissimule le plus souvent derrière la peur et la manipulation.
La lutte contre la traite des personnes ne se limite pas à une application plus stricte de la loi. Elle exige une sensibilisation du public, des protections renforcées, des mécanismes de signalement sécurisés et un soutien aux communautés vulnérables avant que l’exploitation ne se produise.
Grâce à son partenariat avec le réseau Wells of Hope (Talitha Kum International), CNEWA contribue à prévenir la traite des personnes au Liban, à identifier les personnes à risque et à soutenir les survivants par le biais de programmes de sensibilisation, de conseils, d’orientations, de soutien psychosocial et de formations professionnelles favorisant la guérison, l’autonomie et l’accès à un emploi stable dans un milieu sécuritaire.
Les Églises locales avec lesquelles nous travaillons, jouent un rôle essentiel dans cette mission. Jouissant de la confiance de leurs communautés, elles repèrent les personnes à risque, mènent des actions de sensibilisation, orientent les survivants vers des services de soutien et les accompagnent tout au long de leur rétablissement, tout cela avec compassion et dignité.
Le processus de rétablissement ne s’achève pas avec la fin de l’exploitation. En plus d’offrir une protection immédiate, CNEWA et le réseau Wells of Hope offrent du soutien à long terme. Ils aident les survivants à reconstruire leur vie, à réduire les risques d’exploitation à l’avenir et à retrouver espoir.
Darine Tawk est la coordonnatrice principale des programmes de CNEWA à Beyrouth, au Liban.