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Le Liban en crise: ce pays porte vraiment sa croix

Madame Pascale G. Debbané a rédigé cette réflexion de Rome ou elle travaille dans la Section des migrants et réfugiés pour le Moyen-Orient et l’Océanie au Dicastère du Développement humain intégral du Saint-Siège.

Le 14 septembre dernier marquait quarante jours après l’explosion de Beyrouth, c’est la fête de la Croix Glorieuse ! « Quarante » un nombre biblique qui nous invite à réfléchir sur la signification de la Croix après une telle tragédie. Le Seigneur nous invite à porter Sa croix, mais en même temps à ne pas rester au pied de cette croix et à vivre avec lui une véritable résurrection, donnant un sens à la « Croix Glorieuse ».

Le Liban a connu de nombreuses tragédies au cours de cette dernière année. Difficile d’accueillir et d’intégrer 1,5 million de réfugiés en pleine crise financière alors que de nombreux emplois ont été perdus et que la classe moyenne s’est appauvrie. En désespoir de cause, les gens sont descendus dans la rue pour exprimer leur colère et leur lassitude face à la corruption qui s’accumule depuis la fin de la guerre civile. Le Covid 19 a aggravé la situation, affectant ce qui restait des secteurs encore actifs. Heureusement, le seul facteur croissant a été notre foi forte qui apporte l’espoir d’une paix éventuelle.

Après l’explosion du port de Beyrouth, les Églises locales se sont immédiatement mobilisées pour aider les habitants à reconstruire leurs maisons et à se remettre debout. De nombreuses ONG se sont attelées à la tâche, promettant des aides pour reconstruire Beyrouth et son patrimoine détruit, y compris les maisons, les hôpitaux et les écoles. Loin de l’attention des médias, plusieurs évêques, prêtres, religieuses et laïcs ont pris pour mission d’être à l’écoute des besoins des victimes, majoritairement chrétiennes, compte tenu de la zone de l’explosion.

Mons. Mounir Khairallah, évêque de Batroun, après avoir célébré la messe dans l’une des paroisses de Beyrouth, a insisté pour écouter les doléances des fidèles. Il a constaté que très peu de familles étaient restées à Beirut après l’explosion, déclarant que « seulement 7 familles sur 400 sont restées chez elles, tandis que d’autres ont cherché refuge en dehors de Beyrouth chez des membres de leur famille et amis, revenant pendant la journée pour réparer leurs maisons ». Certains habitants du quartier « ont exprimé leur dégoût face aux promesses vides de certaines ONG et aides internationales », craignant de ne pas pouvoir rentrer chez eux avant la saison hivernale. Il a également déclaré que « le coût de la restauration est très élevé, compte tenu de la crise économique et de la dévaluation de la livre libanaise par rapport au dollar, puisque tout est coté en USD. Outre le fait que la majeure partie de la zone sinistrée est classée au patrimoine historique. » Plusieurs libanais ont décidé de contribuer, dans la limite de leurs moyens, à aider des familles à restaurer leurs maisons, leur donnant ainsi la possibilité de revenir avant l’hiver.

L’appel à la prière et au jeûne du Pape le 4 septembre est venu arroser notre Cèdre assoiffé ! La visite du cardinal Parolin a été un grand acte de consolation qui a aidé « le Liban à ne pas être abandonné dans sa solitude », répondant à l’appel du Pape à tous les Libanais «de ne pas abandonner leurs maisons et leur patrimoine » en laissant «la foi et la prière être leur force ». Le Pape nous a également appelés à renouveler cette véritable culture de la rencontre à travers notre « Fraternité ». Ce mot est notre héritage le plus puissant. Le Liban, un pays englobant 17 communautés religieuses différentes, peut ressusciter grâce à son témoignage de coexistence et d’amour. Notre histoire témoigne que nous sommes la preuve vivante que notre pays est avant tout un pays d’espérance.

L’explosion apocalyptique du 4 août a semblé être une véritable crucifixion pour tous les Libanais, au Liban et à l’étranger. Lorsque je nettoyais le sang de mes amis blessés, sur le sol de mon appartement à Beyrouth, l’image de Marie nettoyant le sang du Christ après sa flagellation m’est venue à l’esprit alors que je priais « Oh Seigneur, que ton sang s’unisse au sang des innocents, afin que nous puissions vivre avec Toi une vraie résurrection ! » Même si nous sommes encore sous le choc, nous croyons fermement qu’un jour, le Liban se relèvera.

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