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L’égalité raciale et humaine, une valeur consacrée mais si fragile

Il y a dix ans, j’ai visité la Syrie. Je me rappelle avoir été impressionné par la cohabitation pacifique de tant de personnes de religions et d’origines différentes qui se respectaient. Je ne soupçonnais pas le climat de guerre et de division qui se profilait à l’horizon. La rébellion d’un printemps a suffi à tracer les lignes de faille qui, dix printemps plus tard, demeurent malheureusement ouvertes.

Lorsque j’ai fait la connaissance de Michel (prénom fictif) au Liban en 2014, il était réfugié de ce conflit syrien. En tant qu’homme d’affaires chrétien accompli, il avait engagé des Syriens de toutes ethnies et de tous milieux. Tout allait bien jusqu’à ce que le conflit éclate et que la stabilité économique commence à s’effriter. Le chiffre d’affaires de l’entreprise s’est mis à chuter, les travailleurs ont été mis à pied et Michel a été kidnappé par d’anciens employés. Ces derniers ont fixé une rançon en échange de sa vie. Quelques mois plus tard, on lui a fait savoir que lui et sa communauté chrétienne n’étaient plus les bienvenus dans le pays.

Quand je l’ai rencontré, deux ans après son arrivée au Liban, il vivait avec sa famille dans un appartement d’une seule chambre partagé avec la famille de son frère, à l’instar de plus d’un million de Syriens ayant dû prendre la fuite. Une autre forme de discrimination les attendait au Liban. Malgré la grande générosité d’une Église catholique melkite locale soutenue par mon organisation — ce qui a suscité notre rencontre, — Michel s’est résigné à comprendre qu’en tant que Syrien, il ne serait probablement jamais accepté par ses voisins les plus proches. Un retour en Syrie étant quasiment impossible, il a beaucoup prié pour pouvoir émigrer n’importe où ailleurs.

En 2016, grâce au parrainage privé d’une Église locale, Michel et sa famille ont été parmi les 25 000 bénéficiaires admis au Canada dans le cadre du programme d’accueil de réfugiés syriens. Ils en ont été profondément reconnaissants. Après plusieurs années passées sans véritable instruction, les enfants sont désormais de retour à l’école. Michel et sa femme ont trouvé du travail. Cela dit, malgré toutes les personnes bienveillantes qu’ils ont rencontrées ici, ils ont commencé à vivre certains des désagréments liés au fait d’être arabes au Canada, ce qui a fait resurgir un sentiment d’insécurité évoquant douloureusement le passé. Comme de nombreuses personnes dans le monde, Michel n’arrive pas à échapper à la discrimination.

Aux yeux de l’étranger, notre société pourrait ressembler à la Syrie en paix de 2010. En dépit de certaines toiles de fond, nous parvenons à vivre en harmonie. Cependant, comme nous l’ont montré les récents événements, la paix et l’harmonie peuvent n’être que des façades masquant un édifice fragile. Le racisme, la discrimination et la méfiance vis-à-vis de « l’autre » sont bel et bien présents, même s’ils sont souvent voilés.

Cependant, comme nous l’ont montré les récents événements, la paix et l’harmonie peuvent n’être que des façades masquant un édifice fragile.

Carl Hétu

Au cours des dernières décennies, notre monde a été le théâtre de grands flux simultanés de personnes, amorçant une nouvelle ère de mondialisation. Des gens de cultures, de langues, de couleurs et de milieux différents partagent de plus en plus les mêmes frontières nationales et les mêmes quartiers. Sous l’effet du changement climatique, des conflits, de la pauvreté et des injustices qui perdurent, de plus en plus de personnes vont migrer, et ce en dépit de la pandémie actuelle, modifiant ainsi la composition démographique traditionnelle de bien des pays à un taux sans précédent. Cette conséquence ne doit toutefois pas nous déstabiliser. Il y a là une opportunité de bâtir un monde meilleur où tous seront en sécurité — dans un environnement libre et stable. Comment donc y parvenir?

En 1948, la Déclaration universelle des droits de l’homme a été adoptée par les Nations Unies. Elle dresse un plan du monde que la plupart d’entre nous souhaitent. Cet été, pourquoi ne pas profiter de ce moment propice aux loisirs pour se plonger dans la lecture de ces articles stimulants? Lorsque les émotions et les polémiques se seront dissipées dans nos rues et qu’un semblant de paix aura repris le dessus, peut-être serons-nous prêts à entreprendre les profonds changements nécessaires pour trouver la véritable paix.

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