Chaque mois de janvier, des chrétiens, animés par une espérance plus ancienne que nos divisions et plus lumineuse que nos différences, se rassemblent à travers le Canada dans l’espérance que le Corps du Christ puisse un jour respirer à nouveau à pleins poumons, dans une unité retrouvée.
La Semaine de prière pour l’unité des chrétiens est bien plus qu’un rendez-vous annuel. Elle est une invitation à chacun, chacune, de nous à prendre conscience de ce qui nous unit déjà et à accueillir ce que Dieu nous appelle, chaque jour, à devenir et à accomplir ensemble.
Les prières et les réflexions pour l’édition 2026 de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens ont été élaborées par les Églises arméniennes suivantes : l’Église apostolique arménienne, l’Église catholique arménienne et l’Église évangélique arménienne. Ensemble, elles constituent l’une des plus anciennes expressions de la foi chrétienne, enracinée dans l’Écriture, éprouvée par le martyre et nourrie par une tradition liturgique et théologique où la sagesse des Pères demeure vivante, comme une source toujours jaillissante. Accueillir ces ressources des Églises arméniennes, c’est ouvrir son cœur à une voix fidèle qui, au fil des siècles, a fait résonner l’Évangile à travers les empires, les hauts monts et l’exil.
Brève introduction : l’Arménie dans la famille chrétienne
Pour de nombreux chrétiens, surtout en Occident, les Églises orthodoxes et orthodoxes orientales demeurent peu connues. Pourtant, l’Arménie occupe une place tout à fait unique dans l’histoire du christianisme : elle fut le premier pays à adopter officiellement la foi chrétienne comme religion d’État, dès l’an 301.
L’Église apostolique arménienne appartient à la famille des Églises orthodoxes orientales, aux côtés des Églises copte, syriaque, éthiopienne et érythréenne. Ensemble, elles témoignent d’une tradition chrétienne très ancienne, enracinée dans la foi des premiers siècles et toujours vivante aujourd’hui.
Aux côtés de l’Église apostolique arménienne se trouvent l’Église catholique arménienne, en pleine communion avec Rome, ainsi qu’une Église arménienne de tradition évangélique, chacune d’entre elles portant le même héritage culturel et spirituel, exprimé à travers des réalités ecclésiales distinctes. Leur identité chrétienne commune s’est forgée dans la résilience, le savoir, la vie monastique et un patrimoine artistique et liturgique d’une richesse exceptionnelle.
La contribution des Églises arméniennes : une lumière qui a passé le test du feu
Le thème de cette année, « Lumière née de la Lumière pour la Lumière », s’inspire du Credo de Nicée-Constantinople et marque le 1700ᵉ anniversaire du Premier Concile de Nicée. C’est le Credo que saint Athanase défendit avec un courage infatigable; le Credo que saint Grégoire de Nazianze façonna avec la précision d’un artisan travaillant l’or; le Credo que saint Basile le Grand considérait comme un phare protégeant la foi chrétienne des tempêtes de la confusion. Leurs efforts n’étaient pas une simple composition d’idées abstraites: ils constituaient des actes d’amour pastoral, destinés à protéger les fidèles de la fragmentation et à sauvegarder la proclamation éclatante du Christ par l’Église à travers les siècles.
Aux côtés de ses Pères d’origine grecque, la tradition arménienne offre à l’Église ses propres saints d’exception. Le plus illustre d’entre eux est saint Grégoire de Narek, moine et mystique du Xe siècle, docteur de la vie spirituelle, dont le Livre des Lamentations demeure l’une des œuvres les plus chéries du christianisme arménien. Pour les lecteurs catholiques, il est notable que le pape François ait proclamé saint Grégoire de Narek Docteur de l’Église en 2015. En 2021, le Saint-Siège a inscrit une mémoire facultative en sa faveur le 27 février dans le calendrier romain, ce qui signifie que sa fête peut être célébrée dans l’Église latine, et non seulement dans les Églises arméniennes ou dans les autres Églises catholiques orientales. Ces gestes constituent une reconnaissance exceptionnelle du témoignage universel de saint Grégoire de Narek.
Ces voix — grecque, arménienne, syriaque et latine — nées de ceux qui ont défendu et médité le Credo, témoignent ensemble de l’intuition profonde de l’Église : confesser le Christ comme Lumière née de la Lumière, c’est être irrésistiblement attiré vers l’unité. Les chrétiens arméniens des diasporas ont également cultivé une forme discrète d’œcuménisme, née de la nécessité et du bon voisinage. Vivant au cœur de traditions chrétiennes diverses aux quatre coins du monde, ils ont découvert que la foi partagée en Christ pénètre plus profondément dans le cœur de chacun, chacune que les frontières qui nous séparent. Leur expérience nous fait bien voir la justesse de ce propos de saint Augustin : l’Église est « toujours ancienne et toujours nouvelle », sans cesse redécouverte dans des terres étrangères et inattendues.
L’Unité, une façon d’illuminer le monde
La phrase « Lumière de la Lumière » évoque à la fois la divinité du Christ et la vocation de l’Église. Les Pères de Nicée comprenaient que confesser le Fils comme la véritable Lumière constituait un rempart pour la communion de l’Église elle-même. Si le Christ est un, Lumière de la Lumière, alors ceux qui Lui appartiennent ne peuvent se contenter de vivre la division. Les écrivains chrétiens des premiers siècles sont revenus sans cesse sur cette conviction. Saint Irénée décrivait l’Église comme dispersée à travers le monde, mais animée par une seule âme. Saint Cyprien insistait, avec une urgence pastorale, pour que l’unité de l’Église soit aussi indivisible que le manteau que revêtait le Christ. Bien plus tard, saint Maxime le Confesseur contempla la réconciliation des chrétiens sera comme un avant-goût d’un monde transfiguré, l’harmonie restaurée de la création elle-même. Leurs voix, répercutées à travers les siècles, nous rappellent que l’œcuménisme n’est pas une invention moderne, mais un instinct ancien, un élan ayant comme centre la contemplation du Christ rayonnant qui attire toutes choses à Lui.
Dans notre propre contexte, les communautés chrétiennes du Canada ressentent souvent les vents vifs du sécularisme qui traversent la vie paroissiale et la culture publique. Dans un tel paysage, l’insistance des Pères sur l’unité comme source de vie devient particulièrement saisissante. Ils savaient que l’Église devient bien vivante dans et par la communion. Leur enseignement vaut encore pour notre époque : l’unité renforce le témoignage; la prière partagée adoucit et ouvre le cœur; et la charité réciproque devient une catéchèse vivante, plus éloquente que n’importe quel programme.
La présence au Canada de chrétiens venus du Moyen-Orient nous aide à saisir ces propos avec une lumière nouvelle. La vie de ces gens porteurs à la fois de blessures profondes et d’une résilience remarquable, nous fait voir avec force la véracité de ce que nous dit saint Jean Chrysostome : « Lorsque les membres du Corps du Christ veillent les uns sur les autres, l’Église rayonne d’un éclat plus pur que le soleil ». Les célébrations de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens dans ce pays — à l’image de la prière œcuménique de Montréal, l’une des plus vastes et anciennes de son genre — deviennent ainsi des signes vivants de ce que l’Église canadienne peut être : une communauté de traditions diverses, avançant ensemble vers un même centre lumineux.
La lumière partagée se multiplie en intensité
Alors que l’Église célèbre les 1700 ans du Concile de Nicée, son Credo resplendit à nouveau comme un phare intemporel, un pont jeté entre les siècles et les communautés. « Lumière de la Lumière pour la Lumière » nous convie à retrouver la vision des Pères : une vision où l’éclat du Christ dissipe les divisions, rapproche les cœurs et révèle peu à peu le visage véritable de l’Église. Puissent les prières des Églises arméniennes, la célébration commune à Montréal et la fidélité des chrétiens à leurs Églises travers le Canada nous permettre d’ouvrir nos cœurs pour y laisser pénétrer et transformer nos vies. Et que cette lumière, passant à travers nous avec une force indéniable, nous amène à vouloir travailler sans relâche pour l’unité et le salut de tous les membres du Corps du Christ.