CNEWA Canada

Un signe de vie ténu mais fidèle au Liban du Sud

Michel Constantin, directeur régional de CNEWA basé à Beyrouth, nous écrit depuis le Liban du Sud, où il a rendu visite à des familles locales en compagnie du nonce apostolique du Saint-Siège au Liban.

Au Moyen-Orient — et particulièrement au Liban — les chrétiens, dont le nombre n’a cessé de diminuer au fil des années, se décrivent souvent comme « le sel de la terre » ou « le levain qui fait lever la pâte ». Longtemps, j’ai cru qu’il s’agissait simplement d’une métaphore réconfortante, de mots destinés à apaiser l’angoisse d’une communauté qui se sent disparaître peu à peu.

Mais ces derniers jours — du 27 au 30 mars — j’ai été témoin de quelque chose qui a complètement transformé ma compréhension. Ce que j’ai vu au Liban du Sud n’était pas une métaphore. C’était une vérité vivante et indéniable.

Aujourd’hui, au Liban du Sud, une petite communauté chrétienne — pas plus de 5 344 familles réparties dans 22 villages, certains habités par aussi peu que 15 personnes — demeure le seul signe visible de vie dans une région désormais submergée par la dévastation.

Depuis début mars, plus d’un million de personnes, pour la plupart issues de communautés chiites, ont été forcées de fuir leurs foyers, à la suite de l’escalade des hostilités entre le Hezbollah et Israël après le début de la guerre israélo-américaine contre l’Iran. Des villes et des villages entiers sont maintenant déserts. Lors de ma visite dans la ville de Tyr, ses environs et le secteur dans l’est de la région, j’ai rencontré des scènes difficiles à décrire : des maisons réduites en décombres, des villes rasées complétement, des infrastructures dévastées et des champs autrefois pleins de vie rendus stériles.

Mgr Paolo Borgia, nonce apostolique au Liban, portant une boîte blanche sur l'épaule.
Mgr Paolo Borgia, nonce apostolique au Liban, distribue de l’aide financée par la CNEWA à des familles dans le besoin de l’archéparchie grecque-melkite de Tyr, dans le sud du Liban. (photo : Riad el Hajj)

Même les vieux oliviers — témoins de siècles d’histoire, qui ont survécu à des empires et à des guerres — ont été arrachés. La terre elle-même a été meurtrie, polluée et privée de sa fertilité.

Et pourtant, au milieu de cette destruction écrasante, une petite présence chrétienne persiste. Des familles chrétiennes maronites, grecques melkites, orthodoxes et évangéliques — qui constituaient autrefois moins de 3 % de la population du sud — ont fait un choix courageux et profondément humain : elles ont refusé de partir. Leur message est simple et puissant :

« Nous n’avons rien à voir avec cette guerre. Nous voulons rester dans nos maisons et protéger ce qui est nôtre. »

Mais ce choix a eu un prix douloureux. Des vies ont été fauchées. Des familles ont été brisées.

  • Le père Pierre El Raï a été tué par des tirs d’obus dans sa paroisse du village de Kleyaa.
  • Trois jeunes hommes ont été tués à Aïn Ebel alors qu’ils réparaient des lignes Internet sur le toit de leur maison.
  • Un père et son fils ont perdu la vie sur la route entre Rmeich et Debel alors qu’ils tentaient d’apporter du pain à leur communauté.
  • Le frère d’un curé de Alma el-Shaab a été tué dans une frappe aérienne.

Ce ne sont pas que des statistiques. Ce sont des vies humaines — des histoires de courage, de sacrifice et d’amour pour sa terre et son peuple.

Malgré la peur, la perte et l’incertitude, ces familles restent. Elles ne sont pas motivées par la politique ou l’idéologie, mais par la dignité, l’appartenance et l’espoir de préserver leurs communautés.

À leurs côtés se tient le nonce apostolique au Liban, Mgr Paolo Borgia, qui a choisi d’être présent avec le peuple dès le début. Semaine après semaine, il a visité ces villages, offrant non seulement un soutien humanitaire, mais quelque chose d’également vital : solidarité, encouragement et espoir. Sa présence rappelle à ces communautés qu’elles ne sont pas oubliées.

Mgr Paolo Borgia rencontre des familles chrétiennes dans la rue.
L’archevêque Paolo Borgia rencontre des familles chrétiennes de l’archéparchie grecque melkite de Tyr, dans le sud du Liban, lors d’une visite organisée par la CNEWA dans le cadre d’une distribution de denrées alimentaires dans la région. Leur curé, le père Mario Khairallah, se tient à sa gauche. (photo : Riad el Hajj)

Dès les premiers jours de la crise, CNEWA/Mission pontificale pour la Palestine à Beyrouth a lancé une réponse d’urgence pour aider les plus touchés. Aujourd’hui, nos efforts se concentrent sur trois priorités urgentes :

  1. Soutenir les familles qui restent dans le sud — Nous assistons plus de 5 344 familles — principalement chrétiennes, ainsi que plusieurs familles musulmanes qui ont cherché refuge parmi elles — en fournissant des denrées alimentaires essentielles et du carburant pour les aider à survivre dans des conditions extrêmement difficiles.
  2. Aider les familles déplacées à Beyrouth et au Mont-Liban — Plus de 1 200 familles déplacées vivent dans des abris temporaires, dans des locaux d’église ou chez des familles d’accueil. Nous leur fournissons des bons alimentaires pour répondre à leurs besoins quotidiens dans la dignité.
  3. Aider les familles déplacées à Deïr el-Ahmar, dans la Bekaa — Environ 500 familles, majoritairement musulmanes et déplacées de zones fortement touchées, ont trouvé refuge dans des communautés chrétiennes. Par le réseau de l’Église, nous livrons une aide alimentaire pour soutenir à la fois les déplacés et les familles qui les accueillent.

Un appel à la solidarité

Dans une terre marquée par la destruction et le déplacement, ces petites communautés résilientes tiennent bon — non seulement pour elles-mêmes, mais pour l’avenir d’un Liban diversifié et partagé. Elles sont un signe de vie là où la vie semble avoir disparu.

Mais aujourd’hui, elles ont besoin de plus que d’admiration, elles ont besoin de soutien concrèt.

C’est pourquoi je vous lance un appel. Aidez-nous à fournir nourriture, chaleur et espoir aux familles qui ont choisi de rester dans leurs communautés — des familles qui résistent au désespoir — et à protéger ce qu’il reste.

Ensemble, nous pouvons faire en sorte que cette lumière fragile ne s’éteigne pas.

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