Plus d’un siècle après l’accueil de 400 enfants réfugiés arméniens par le pape Pie XI, CNEWA célébrera ses 100 ans d’existence lors d’un gala à Ottawa. Lisez ci-dessous l’article initialement publié dans le Catholic Register.
Lors de son gala de bienfaisance, qui se tiendra à Ottawa le 6 novembre prochain, l’Association catholique d’aide à l’Orient (CNEWA) célébrera ses 100 années de service humanitaire auprès des communautés parmi les plus vulnérables de la planète, des peuples pris dans les tourmentes géopolitiques du Moyen-Orient et autres régions de l’Orient. Cet événement marquera une étape importante dans l’histoire de cette organisation.
Adriana Bara, la directrice nationale de CNEWA Canada, se réjouit de pouvoir accueillir à Ottawa deux membres de l’équipe de CNEWA à Beyrouth qui sont bien à l’œuvre sur le terrain : Darine Tawk, coordonnatrice principale des projets, et sa collègue Larissa Habib, coordonnatrice de projets. Leur témoignage portera sur le travail qu’elles font auprès de milliers d’enfants et de familles, et mettra en lumière la façon dont CNEWA, grâce au soutien de ses donateurs canadiens, est devenue une bouée de sauvetage, un pont d’espoir, pour ces milliers d’enfants appauvris par la guerre, les déplacements forcés et la crise économique qui frappent actuellement le pays.
Les invitées feront également le point sur la situation actuelle des écoles catholiques au Liban, un enjeu crucial qui est au cœur du travail de CNEWA dans ce pays du Moyen-Orient, a indiqué Adriana Bara.
Au Liban, les établissements scolaires dirigés par des éducateurs catholiques jouissent d’une réputation internationale pour l’excellence de leur enseignement. Toutefois, comme l’ont confirmé Darine et Larissa au Catholic Register depuis leur bureau de Beyrouth, ces écoles peinent désormais à rester ouvertes en raison d’immenses problèmes financiers.
Elles-mêmes anciennes élèves d’écoles et d’établissements d’enseignement supérieur catholiques, Darine et Larissa ont à cœur d’offrir aux enfants du Liban cette même possibilité de bénéficier d’une éducation catholique – une éducation qui leur a ouvert la voie à un avenir prometteur et fructueux.
Les déplacements de population causés par les frappes aériennes – alors qu’Israël poursuit toujours sa lutte contre les forces du Hezbollah au Liban – font en sorte que de nombreuses familles ont été déracinées, privées de leurs terres et ont vu leurs moyens de subsistance détruits. Ces familles n’ont plus les moyens de financer l’éducation de leurs enfants, ce qui, par ricochet, ne permet pas à ces écoles de payer les salaires de leurs enseignants, ont-elles expliqué.
« Autrefois, le ministère de l’Éducation du Liban contribuait au financement des écoles catholiques », a déclaré Darine. « Mais, après 2019, ce financement a cessé, obligeant les établissements à dépendre entièrement des frais de scolarité pour assurer leur survie. En l’absence de revenus, et face à la flambée des prix des denrées alimentaires et d’autres produits de première nécessité, les parents n’ont plus les moyens de financer l’éducation de leurs enfants. Or, l’éducation est plus que jamais indispensable. »
« Les écoles ne servent pas uniquement à apprendre », a expliqué Larissa. « Elles procurent un sentiment d’appartenance et offrent des services de santé mentale aux enfants traumatisés qui ont tout perdu. »
Les écoles catholiques jouent également un autre rôle important dans l’instauration de la paix et de la stabilité à l’intérieur du pays, en désamorçant les tensions interreligieuses.
« Environ 30 % de nos élèves sont catholiques, et les autres sont musulmans. Les écoles construisent un pont entre catholiques et musulmans; elles permettent à chaque groupe d’en apprendre davantage sur la religion de l’autre. »
Darine a également évoqué le réseau « Wells of Hope » (Puits d’espérance), auquel CNEWA apporte un soutien financier. Il s’agit d’un programme mené au Liban par une congrégation de religieuses maronites (catholiques de rite oriental), sous la direction de Sr Marie-Claude Naddaf. Par le biais de programmes éducatifs et d’ateliers organisés dans des écoles et des paroisses, elles apprennent aux enfants à se protéger des trafiquants d’êtres humains. Darine se rend également en Syrie et en Irak pour superviser ce programme.
« C’est l’une de nos préoccupations », a déclaré Larissa. « Sans éducation, les enfants finiront par devenir des délinquants dans la rue et deviendront des cibles privilégiées pour les trafiquants d’êtres humains. »
« Les éduquer, c’est investir dans l’avenir du pays », a ajouté Darine.
En organisant son gala du centenaire, CNEWA Canada vient clore un chapitre ouvert il y a 100 ans et qui a inspiré un siècle d’action humanitaire. En décembre 1922, le pape Pie XI – le fondateur de CNEWA – a offert un refuge, au sein de sa résidence d’été, à 400 enfants arméniens ayant survécu au génocide perpétré en 1915 dans l’Empire ottoman. Des congrégations religieuses ont offert à ces enfants un abri, de la nourriture et une éducation adaptée, une prise en charge qui a contribué à leur redonner dignité et espoir en leur avenir. Par la suite, ces jeunes ont pu être accueillis au sein de foyers stables dans des communautés de la diaspora arménienne, notamment à Beyrouth.
Le sauvetage de ces enfants a été un moteur essentiel qui a mené à la fondation de CNEWA, qui, aujourd’hui encore, continue de sauver des milliers d’enfants et de familles déplacés ou endeuillés, non seulement à Beyrouth, mais aussi en Syrie, en Irak, en Inde, en Éthiopie, en Ukraine et au-delà.
« Nous nous employons à redonner leur enfance aux enfants du Liban », déclare Darine.
« Nous devons sauver ce qui, autrement, constituerait une génération perdue », ajoute Larissa.
À l’occasion de cette importante célébration, CNEWA Canada remettra le prix « Foi et culture » à Sa Béatitude Sviatoslav Shevchuk, archevêque majeur de l’Église gréco-catholique ukrainienne, en reconnaissance de son leadership, de son témoignage de la foi chrétienne et de son engagement en faveur de la préservation du patrimoine spirituel et culturel du peuple ukrainien. Le père John O’Brien, s.j., directeur du Sanctuaire des Martyrs canadiens, interviendra en tant que conférencier principal
L’article original a été publié dans le Catholic Register le 22 octobre 2026 et est traduit et reproduit ici avec autorisation.